LA FORMATION DES EQUIPES DE
CHIENS D'AVALANCHE
La
seule chose qu'on ne peut embellir sans qu'elle en périsse, c'est la vérité.
[
Jean Rostand ]
Généralités
Le succès du travail de recherche en cas d'accident est généralement le
résultat d'une perfomance adéquate du chien et du conducteur. La tâche que le
conducteur doit mener avec compétence, en se basant sur son expérience, est souvent
aussi déterminante que le flair du chien. En fonction de tous les paramètres de
l'accident, il doit décider, d'entente avec le chef de la place de sinistre, de quelle
façon il va engager son chien. Ce savoir requiert une formation tactique, l'expérience
du sauvetage et l'esprit d'équipe.
Attention : si des personnes doivent être ensevelies pour des exercices,
il faut respecter les prescriptions de sécurité (cf.chap.2)
Brevet A(équipe débutante)
Le système des quatre phases est sans aucun doute la meilleure méthode
pour apprendre rapidement et sûrement la tâche au chien débutant, avec plaisir et sans
contrainte:
Préparation
On prépare tout d'abord un champ d'avalanche adéquat, au centre duquel on creuse un
trou. Deux personnes doivent pouvoir s'y coucher et y être ensevelie à l'aise(les
prescriptions de sécurité doivent être respectées, cf. chap.2).Il faut disposer de
suffisamment de matériau de comblement, de façon à ce que les quatre phases puissent se
dérouler sans interruption.Le chef de classe et le conducteur du chien doivent se mettre
d'accord quant aux ordres.Le chef de classe doit connaître le nom du chien. Il ne doit
pas y avoir de facteurs perturbateurs. Il faut également tenir compte de la direction du
vent. L'aide et la tierce personne doivent être instruits préalablement, de façon
à pouvoir travailler sans interruption. Le travail peut aussi être effectué avec deux
aides.
Phase I
Au point de départ, le conducteur confie le chien au chef de classe qui le
retient par le collier. Le conducteur quitte son chien de façon motivante et se dirige
vers le trou préparé, où il se fait encore remarquer quelques fois en appelant son
chien à lui. Il se cache ensuite dans le trou. Le chef de classe encourage alors le
chien, lui donne l'ordre "cherche"et le lâche. Dès que le chien a trouvé son
maître, il est vivement complimenté et récompensé. Le chien est tenu en laisse et les
deux retournent au point de départ.Le chef de classe reprend le chien en main.

Phase II
Le conducteur quitte à nouveau son animal en lui prodiguant des encouragements
et se dirige vers le trou préparé, accompagné de l'aide. Là, il appelle plusieurs fois
son chien, se couche dans le trou dont l'aide comble l'entrée de neige. L'aide revient,
passe devant le chien et se poste derrière lui. Le chef de classe encourage le chien
plusieurs fois avec l'ordre "cherche" et lâche le chien. Au cours de cette
phase et de la suivante, le chien doit beaucoup gratter.

Phase III
Une tierce personne est intégrée au scénario. En colonne par un, ils se dirigent vers
le trou. L'aide ouvre la marche, le conducteur du chien le suit et la tierce personne
ferme la marche. On appelle à nouveau le chien pour éveiller son attention. Le
conducteur du chien se place au fond du trou et la tierce personne se met devant lui.
L'aide comble l'entrée de neige et revient au point de départ, derrière le chien. Le
chef de classe envoie le chien en direction du lieu d'ensevelissement et l'encourage à
chercher.

Phase IV
L'aide se dirige vers le trou avec la tierce personne. De là, la tierce personne
appelle le chien qui est maintenant tenu par son maître. La tierce personne et l'aide
éveillent l'attentiond du chien. L'aide ensevelit la tierce personne et revient derrière
le chien. Le maître ordonne alors à son chien de chercher. Il l'envoie en direction du
lieu de l'ensevelissement en lui donnant l'ordre "cherche".

Si le chien a de la peine au cours de l'une de ces phases,
celle-ci est répétée jusqu'à ce que l'automatisme soit acquis.L'exercice est
considéré comme réussi quand le chien travaille de façon optimale dans chaque phase.
Après le premier exercice qui doit être particulièrement bien préparé et qui doit se
dérouler sans discussion et sans interruption, pratiquement chaque chien aura acquis les
éléments de base pour travailler sur un champ d'avalanche.
En cas d'échec flagrant, il faut répéter les quatre phases, en cas de difficulté au
cours de la phase quatre, on répétera les exercices trois et quatre. Ces répétitions
doivent normalement se dérouler après une pause prolongée.
Des variantes au système des quatre phases ne sont permises que si le succès peut être
garanti. La formation ultérieure se déroule dans un champ d'exercice d'environ 50X50
mètres, avec une personne ensevelie sous 50 cm de neige seulement : dans ce cas, le
conducteur du chien d'avalanche doit connaître l'emplacement de l'enseveli. Cette
personne ne sera ensevelie dans une caverne inconnue du conducteur que quand le chien aura
donné une marque claire et qu'il ne faut plus s'attendre à de fausses désignations.Pour
améliorer les performances du chien, on peut agrandir la surface du champ de recherche
jusqu'à environ 50X100 mètres et augmenter la profondeur d'ensevelissement à 80 cm. Le
déroulement parfait d'un exercice dans ces conditions équivaut aux exigences du brevet
A.
La formation en vue de l'obtention du brevet A met la priorité sur la formation du chien.
Le conducteur y sera surtout formé sur les points suivants : engagement correct par
rapport au vent et aux perturbations, bonne conduite du chien, réaction juste face au
comportement du chien.
Brevet B (équipe avancée)
Le premier exercice dans la classe B doit être un engagement formel selon
les exigences du niveau final atteint au brevet A. Les principes suivants sont applicables
à la poursuite de la formation vers la classe B:
Travail sur des cônes d'avalanche naturels ou des champs préparés
selon des conditions proches de la réalité(déclivité,obstacles naturels, formation de
gros blocs, etc..)
Tous les exercices doivent se dérouler dans une situation réaliste qui
oblige le conducteur à faire apprécier la situation et à prendre une décision
conséquente et juste.
Le déroulement de l'accident et la description de la tâche doivent
correspondre à la configuration de l'exercice.
Deux personnes doivent être recherchées au cours de chaque exercice.
Aucun objet ne doit être enseveli. Par contre , des objets visibles peuvent se trouver
sur le cône d'avalanche.
Lors de chaque recherche, la priorité est accordée à l'engagement
correct du chien. A cet effet, il faut considérer: la situation d'accident donnée, la
direction du vent, les perturbations, les capacités du chien,etc... Pour chaque phase de
travail, il faut exprimer clairement s'il s'agit d'une recherche grossière ou fine.
La zone de recherche doit être graduellement agrandie jusqu'à environ
100X100 mètres et la profondeur d'ensevelissement augmentée jusqu'à 1m50.
Il faut engager de l'aide extérieure pour dégager les personnes
ensevelies. Au cours de la deuxième période de formation, la recherche peut être
poursuivie sans attendre que l'enseveli ne soit complètement dégagé.
Les chiens qui se fatiguent vite doivent subir un entraînement de
condition physique.
Les chiens qui perdent rapidement le plaisir de la recherche seront à
nouveau entraînés à l'aide d'exercices ludiques comme par ex. l'ensevelissement du
maître, système des quatre phases.
Pour prolonger le temps de recherche, l'exercice peut préalablement
commencer sur des champs vides.Chaque exercice doit absolument se terminer par un succès
manifeste.
Avant la fin de la formation, les chiens très avancés pourront aussi
chercher des objets ensevelis.
La formation en vue de l'obtention du brevet B met par conséquent la priorité sur la
formation du conducteur.
Brevet C (équipe d'élite)
A ce niveau, l'objectif de la formation consiste à entraîner l'équipe de
façon à assurer d'excellentes performances dans les conditions les plus difficiles.
Ce but est atteint par :
Entraînement du chien jusqu'à la limite de ses capacités
(flair,condition physique,etc.), en augmentant la profondeur d'ensevelissement, en
recherchant des objets et en introduisant des facteurs de perturbations (salissures
intentionnelles, autres sauveteurs, engagement d'hélicoptère, etc...) Au cours de la
première phase, les exercices se dérouleront généralement avec une personne (
profondeur d'ensevelissement jusqu'à 2m ) et un objet ( par ex. sac de montagne à 80 cm
de profondeur ). Plus tard, le nombre de personnes et d'objets sera inconnu et il sera
même possible de travailler sur un champ vide. Il est cependant conseillé de terminer le
travail avec au moins un succès fictif. La zone de recherche sera agandie jusqu'à
quelques hectares.
Accent sur la fomation tactique du conducteur par une situation initiale
plus complexe qui requiert une appréciation approfondie de la situation. Parmi les
dépositions de témoins qui, le cas échéant, peuvent se contredire, il doit
sélectionner celles qui sont crédibles selon la situation. Avant l'intervention, il doit
entre autre aussi se renseigner sur l'aide supplémentaire qui a été demandée
(médecin, autres chiens, etc...)
Formation pour assurer l'autonomie et l'autorité du conducteur du
chien. Il doit par exemple pouvoir s'imposer en cas de comportement indiscipliné des
témoins ou des sauveteurs. De temps en temps, il doit aussi être placé en situation
plausible où il est le premier arrivé sur le lieu de l'accident et où il doit par
conséquent prendre toutes les mesures d'urgences pour le commandant de la place de
sinistre encore absent.
Formation à l'intervention simultanée de plusieurs chiens sur une
grande zone de recherche.
Formation à la collaboration avec le sauvetage héliporté.
Encouragement à la manipulation et à l'application de moyens
techniques complémentaires (par ex. DVA ) simultanément à l'engagement du chien.
Encouragement à la collaboration avec le reste de l'organisation de
sauvetage.
Formation en vue de donner les premiers secours à une victime
d'avalanche. Il doit maîtriser les mesures d'urgences permettant de sauver la vie et la
respiration artificielle.
Encouragement des conducteurs à acquérir la sûreté d'utilisation des
moyens d'orientation ( carte, boussole, altimètre ).
Perfectionnement des connaissances de la neige et des avalanches en
vue d'améliorer l'appréciation des conditions d'avalanche.
L'examen de brevet des équipes de chiens
d'avalanche
Principe
Un brevet ne peut être délivré que lors des cours décentralisés
organisés par le CAS ou par des polices cantonales de Berne, des Grisons ou encore par
les gardes-frontière.
Les brevets doivent être régulièrement renouvelés dans les mêmes
cours ou dans des examens de brevets spéciaux.
Les examens de brevets spéciaux durent toute une journée de travail,
à l'occasion des cours de brevet décentralisés, sur convocation du chef de cours.
Le chef de classe/chef d'examen communique oralement le résultat du
cours ou de l'examen de brevet au conducteur du chien d'avalanche.
Les chiennes en chaleur ne sont pas admises aux cours de brevet.
Les chiens malades ne sont pas admis aux cours.
Obtention du brevet
Le brevet est délivré au candidat qui a subi avec succès le cours de
brevet correspondant.
Le chef de classe décide généralement du succès ou de l'échec, sur
la base des performances de l'équipe.
A cet effet, le chef de classe et les instructeurs( par ex. le médecin
) établissent des feuilles de notes pour tous les exercices.
En cas de performance douteuses ou insuffisantes, la direction du cours
décide, lors du rapport de brevet, si l'équipe reçoit le brevet, si elle reste dans sa
catégorie actuelle, si elle est déclassée ou si elle ne reçoit aucun brevet.
En règle générale, on passe du brevet A au brevet C par étapes d'une
année.
Renouvellement du brevet
Exigences de lexamen pour le renouvellement du brevet
Lexamen doit porter au minimum sur les points suivants :
contrôle cynologique,condition physique, aptitude au ski, orientation dans le terrain,
appréciation de la situation(marche dapproche, accompagnement, moyens auxiliaires,
dangers, etc.), engagement pratique de recherche avec le chien sur la base dune
situation daccident, mesures durgence pour sauver la vie.
Lexamen est considéré comme réussi si toutes les tâches ont obtenu au
moins lappréciation « suffisant ».
Conditions
dinscription des conducteurs de chiens davalanche dans la liste du CAS
Equipes qui ont subi avec succès soit le cours pour
conducteurs de chiens davalanche, soit lexamen du CAS au cours de lhiver
correspondant.
Equipes qui ont obtenu les qualifications nécessaires dans les cours ou examens
des gardes-frontière, des polices cantonale de Berne ou des Grisons et qui ont été
annoncées à temps par ces organisations. Les conditions du brevet sont réglées par des
accords particuliers.
Les équipes C, pour autant quelles aient renouvelé le brevet au cours de
lhiver précédent et confirmé leur engagement pour lhiver à venir.
Toutes les équipes doivent être domiciliées dans la région des Alpes ou des
Préalpes et pouvoir y être engagées.
Obligation dintervenir en cas daccident davalanche et
dactions de recherche lorsque léquipe est convoquée.
Equipement
du conducteur de chien davalanche
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| Le chien gratte : il a senti la présence de la
victime |
Voilà une visite qui fait plaisir ! |
Des conditions parfois très dures ! |
Léquipement décrit ci-dessous doit être prêt pour des interventions
immédiates.
Le CAS met à disposition :
| DVA |
Veste de montagne |
| Sac de montagne |
Surpantalons |
| Sonde |
Masque de respiration |
| Pelle |
Radio en cas de service de piquet |
Equipement personnel supplémentaire :
| Equipement de randonnée à ski |
Protection solaire |
| Lampe frontale |
Linge de rechange |
| Pharmacie |
Fanions |
| Thermos |
Cartes topographiques, boussole et altimètre |
| Subsistance |
Si possible appareil de photo |
| Lunettes |
Matériel pour écrire |
Comportement
du conducteur de chien davalanche au cours dune intervention
Engagement dans léquipe de pointe
Lors de lapproche héliportée :
| Première appréciation de la situation lors du survol de la zone dintervention.
Mettre le DVA de lhélicoptère sur réception. |
| Eventuellement engagement direct avec le DVA. |
| Apprécier sa propre sécurité dans la zone dintervention. |
| Déterminer le premier terrain datterrissage avec le pilote. |
Observer le vent.
Après latterrissage :
| Appréciation de la situation. |
| Mesures durgence. |
| Audition des témoins. |
| Observation des traces existantes. |
| Transmission des premières informations. |
| Engagement du chien dans le secteur de recherche primaire en tenant compte des
conditions du vent(DVA sur réception, pour autant que la situation des avalanches le
permettent). |
| Marquage immédiat des traces, des objets et du cône davalanche dans la zone de
recherche selon la météo. |
| Engagement des sauveteurs présents à bon escient(recherche auditive, visuelle et
avec le DVA dans certains secteurs déterminés, marquer les traces dentrée,
équipe de pelleurs, préparer la place datterrissage pour lhélicoptère). |
| Etablir le protocole et une esquisse de situation. |
Orientation du commandant de la place de sinistre et des autres conducteurs de chien
davalanche.
Engagement sur la place de sinistre organisée
| Arrivée vers le poste dentrée. |
| Attendre les directives du commandant de la place de sinistre ou du chef des
conducteurs de chiens davalanche. |
| Etre attentif à sa propre sécurité. |
| Contrôle de liaison avec le chef de la place de sinistre/chef des conducteurs de
chiens davalanche. |
| Linformation réciproque est absolument nécessaire en cas dintervention
simultanée de plusieurs équipes de chiens davalanche. |
| Si le chien se fatigue, il faut faire une pause dans la zone arrière. |
Un changement de secteur doit être discuté entre conducteurs de chiens
davalanche.
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